Présence Panchounette is not dead

Leur manifeste, publié en 1969 sous le nom d’Internationale Panchounette, annonçait une impérieuse envie de tout dégommer, avec style et emphase. « Qu’est-ce que l’Internationale Panchounette ?  » se demandait le manifeste :
« Sinon le désespoir du dilettantisme, la fleur de la vulgarité, un baroque rachitique, un rasoir fluorescent, une dénégation distinguée, une provocation souterraine ? Une paresse qui enfle. »

Post-situ, ou plutôt « situationnistes néo-platoniciens » comme le collectif se revendiquait, adepte du calembour et des déclarations ravageuses, Présence Panchounette fustigeait à coup de tracts, lettres irrévérencieuses ou interventions
loufoques les certitudes du goût bourgeois. Mais gare à celui qui cherchait à les catégoriser ou à les enfermer ! Les membres de Présence Panchounette assénaient leur dialectique « molotov » et suivaient l’air du temps : quand ils posaient pour une photographie de groupe devant l’enseigne Conforama en 1972, ils savaient parfaitement où ils se situaient, c’est-à-dire au sein d’une société marchande qui n’allait pas tarder à être toute-puissante. En complets autodidactes, ils se sont infiltrés dans le milieu de l’art qui leur offrait un terrain d’action autant qu’un formidable réservoir de poncifs et d’injonctions esthétiques à retraiter.

Avec un goût prononcé pour le motif, le populaire, le vernaculaire et le bon marché, ils condamnaient par l’absurde les références admises par les milieux culturels de l’époque, minimalisme et Art Conceptuel des années 1970 en tête.
Mais le risque guettait de « faire de la prose sans le savoir » et de devenir à son tour une avant-garde suspecte. Par une bizarrerie de l’histoire ou plus certainement la faculté mimétique de l’art et de la mode ? Présence Panchounette s’est vu rattrapé par les mouvements propres aux années 1980 comme l’appropriation, la mode des objets en sculpture, l’art néo-conceptuel ou la parodie. « Résumons : en 70 nous pastichions ce qui allait se faire en 80 » constatait le groupe parfois qualifié de future avant-garde, au point de revendiquer la primeur de certaines oeuvres de Tony Cragg ou Bertrand Lavier. La posture contraignante du refus ? Du compromis, de la récupération, de l’approbation ? S’est finalement soldée par la dissolution du groupe en 1990, mesure conservatoire pour préserver intacte leur probité.

Leur exposition à Lieu-Commun est à la fois un écho à celle qui s’est déroulée au Cosmic Garage en mars 2018 en parallèle de la Foire Art Bruxelles, avec par exemple la ré-édition de deux papiers peints emblématiques de leur production,
l’un peint à bandes « op art » marque d’une dégénérescence décorative de l’avant-garde, façon Bridget Riley et Daniel Buren recouvrira un mur à l’intérieur de Lieu-Commun tandis que du plastique vinyle à motif de fausse brique oblitèrera la vitrine. Cette installation sera une reprise de l’exposition « Transition Valse » qui eut lieu à la galerie Fabre en 1977.
L’autre partie de l’exposition privilègiera des pièces inédites, bandes son ou vidéo, ces éléments sont en marge de leur pratique. Dans le même temps, des photographies et des diagrammes viendront éclairer le visiteur sur l’univers Panchounette.

Une de leurs pièces emblématique monumentale trônera à l’étage du lieu pour parachever l’esprit de provocation qui nourrit leur pratique depuis ses débuts !

Gageons que vous n’en reviendrez pas, même si la nation est devenue start up, l’esprit chounette ne l’a pas quittée !!!

Présence Panchounette is not dead