Des mondes infinis naissaient dans les marges

Exposition du 14 mars au 20 avril
Vernissage le 13 mars à partir de 19h

Avec Charlie Aubry, Romain Lecornu et Nelly Monnier.
Guest : Eric Tabuchi pour ARN.

Depuis la 66ème édition de Jeune Création, Lieu-Commun remet un prix lors de l’inauguration aux côtés de nombreux autres lieux indépendants français et étrangers.
Jeune Création est une exposition historique qui depuis plus de soixante ans est organisée par des artistes pour révéler les générations émergentes.

Le projet s’articule autour d’une double entrée, les deux lauréats de la 67ème édition exposent au rez-de-chaussée avec comme invité Éric Tabuchi en présentant une exposition sur les périphéries. Ces zones intermédiaires de nos régions, semi rurales ou semi urbaines, espaces sans identités définies dégagent malgré tout leurs singularités propres.

Alors qu’à l’étage Charlie Aubry, lauréat de la 68ème édition présentera son travail de sculpture et de programmation suite à une résidence de deux mois en nos murs.

Nelly Monnier peint, dessine, brode, photographie mais surtout elle pratique l’errance rurale, elle explore les régions reculées de France pour y trouver les motifs intrigants de ses peintures ou l’inspiration pour les écussons qu’elle édite, ou la matière de ses textes énigmatiques, descriptifs de voyages quotidiens aux dimensions oniriques.

Via l’Atlas des Régions Naturelles, elle collabore avec Éric Tabuchi autre explorateur des marges, connu entre autres pour ses différentes séries photographiques comme l’Atlas des formes ou l’Alphabet truck, répertoires d’images de formes trouvées dans le paysage lors de ses pérégrinations routières. Ensemble ils travaillent à cet Atlas naturel qu’ils décrivent ainsi : « L’Atlas des Régions Naturelles, dont ce blog constitue le journal de bord, s’attache à décrire photographiquement les quelques 450 « pays » qui composent le territoire français et dont les frontières ne sont pas administratives mais géologiques, historiques, linguistiques ou culturelles. Ces limites, si elles sont parfois incertaines, n’en dessinent pas moins des entités aux particularismes que l’ARN s’attachera à documenter, classer et archiver sur le site qui lui sera bientôt dédié. »

Chez Romain Lecornu le lien aux régions est aussi présent mais plus particulièrement par le biais de l’intime, c’est par une forme originale de récit autobiographique qu’il se lie à ses territoires d’origine. Il y puise la matière de ses installations, soit en s’en servant de décor pour les images qu’il produit, sortes de séquences cinématographiques figées d’un scénario personnel, soit en y récoltant les matières premières minérales ou végétales qui lui servent à ériger les sculptures totémiques qu’il produit. Son langage est fait de signes mystérieux qui rédigent un scénario non linéaire et ouvert où chacun peut trouver sa place même si Romain l’écrit à l’encre de ses expériences intimes. Le travail de Romain Lecornu allie diversité des formes et de sources tout en réussissant, malgré le mystère intrinsèque à ses propositions, à y intégrer le regardeur qui y reconnaît des fragments de sa propre histoire, où comme l’artiste, il parvient à réconcilier intime et universel par un langage qui lui est singulier.

À l’étage c’est le lauréat de la 68ème édition, Charlie Aubry qui déploiera dans le cadre d’une résidence de travail de deux mois son capharnaüm hétéroclite. Charlie Aubry récolte des outils, le plus souvent en lien avec le son, la musique,
des instruments, claviers, percussions, boîtes à rythmes, mais aussi des outils d’enregistrement, magnétophones à cassette ou à bande ainsi que d’autres objets qui éclairent ou créent du mouvement. Charlie Aubry doit fréquenter les vides greniers et faire les poubelles, en cela nous pouvons pré-supposer de sa conscience écologique mais aussi d’une attention particulière à une époque en cours de disparition, celle qui a précédé notre ère numérique, celle de l’épanouissement de l’analogique. N’y voyez aucune nostalgie, juste l’attrait pour des sonorités particulières que les capacités vantées du numérique ont des difficultés à reproduire fidèlement. Charlie invente des
sculptures / machines complexes constituées d’instruments de musiques, radios et magnétophones ainsi que de bras robots programmés et pilotés numériquemeent qui actionnent ses installations analogiques sonores. Ne l’oublions pas
si dans son travail cohabitent programmation, ingénierie et compositions, Charlie Aubry est avant tout un artiste plasticien qui donne à voir et à entendre. Durant ses 2 mois de résidence, il aura toute opportunité de déployer son univers complexe à l’étage de Lieu-Commun et y ramener les vestiges de notre très proche passé, là où l’évolution du temps crée ses propres périphéries ...

Des mondes infinis naissaient dans les marges