Vertiges

VERTIGES

Avec : Julien Tardieu

Vernissage vendredi 17 novembre
Exposition du 18 novembre au 22 décembre

Graphéine en est à sa neuvième édition, festival de dessin contemporain où se croise, graphisme, bande dessinée et autres vocabulaire du dessin. Après de nombreuses expositions collectives, Lieu-Commun invite Julien Tardieu pour un geste solitaire où son travail qui explose le dessin sur de multiples supports occupera le lieu dans son intégralité. Vidéos, peintures murales et formats viendront habités notre espace.

Vous devriez cligner des yeux pour lire ce texte. Vous devriez cligner des yeux pour voir le monde.
Nous devrions ne jamais oublier de regarder le monde.
C’est cette injonction qui transpire des dessins de Julien Tardieu : regarde ! Antidote à la cécité, solution acide et sucrée.
Les traits et les formes qu’il agence ont à voir avec la pâtisserie, constructions savantes, associations complexes, dosages délicats, les motifs s’entrelacent comme les lignes d’un code numérique aux capacités nutritives. Une histoire de goût, me direz-vous. J’espère bien ! Ici tout est lié par la qualité du trait.
Le feutre caresse le papier dans une rythmique chorégraphiée qui définit dans son ivresse de nouveaux territoires. Oui le trait divague, les virages sont nerveux, les angles aigus, vitesse de croisière pour longues distances.
De ces séries émerge comme un halo sensitif, c’est une onde, une vague sonore, un bruit ! Ses dessins ne se contentent pas du format sur lequel ils sont inscrits, ils irradient, dépassent le cadre. Tardieu pratique un art de la contamination, lorsque la marque laissée par le feutre dépasse sa seule couleur et colonise par son onde colorée le papier laissé vierge à proximité.
Si les formats sont modestes, leur impact les dépasse. Le regard est captif d’un dédale de couleurs qui joue avec les références. De l’esthétique 8 bit aux dogmes néo géo, il n’y a qu’un pas.
Julien Tardieu franchit allègrement le rubicond qui sépare parfois high et low culture. Il s’amuse et c’est très sérieux. Tant mieux. Si nous sommes ici dans le vaste territoire de l’abstraction, la temporalité y est lisible.
Ce travail affirme son inscription dans son époque. L’urbanisme complexe le dispute aux mythologies scientifiques en dérapant sur la surface cathodique du numérique et les formes alambiquées des arts décoratifs. La surface est sinueuse et les trames se répondent en distorsions continues.
Le dessin chez Tardieu est pictural, le feutre fait peinture, et la couleur, fragile, profite de son temps d’exposition pour irradier une force éphémère et trouble.
Si c’était encore à souligner, l’abstraction est un enjeu du XXI siècle et ses rapports aux mondes bien plus complexes que les tentatives vaines pour l’illustrer.
Chez Julien Tardieu, feutres et papiers mettent subtilement en jeu les couleurs et les formes pour proposer simplement un univers infini où le réel le dispute à la fiction, dans un récit abstrait aux échos bruyants et conscients
Manuel Pomar.

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